Top 10 : Le Paris des grands écrivains, dix romans qui célèbrent la ville Lumière

Suite aux événements tragiques qui ont eu lieu au cœur de la capitale le 13 novembre dernier, nous avons voulu rendre à Paris l’éclat qui lui correspond. Ville Lumière, elle a été célébrée par les plus grands écrivains pour sa beauté, son histoire, son romantisme, mais aussi pour le style de vie artistique et libre que lui associent si souvent ceux qui y habitent ou qui y passent. Zoom sur le Paris des grands écrivains avec un top 10 des grands classiques qui vous donneront des idées de lecture (ou de relecture), et, nous l’espérons, un peu de réconfort.

 

 

1. Le Paris des révolutions : Les Misérables de Victor Hugo

 

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Les Misérables, publié en 1862, demeure l’un des plus grands chefs-d’oeuvre de la littérature française.

C’est sans conteste l’un des romans les plus emblématiques de la littérature française. Sur cinq tomes, cette fresque vivante dépeint au lecteur le Paris social post-révolutionnaire dans une intrigue qui s’étend de 1815 à 1832. Nous y suivons le périple et l’ascension de Jean Valjean, de même que ses rencontres successives avec des personnages parmi les plus célèbres de notre paysage littéraire : Fantine, Cosette, Marius, ou encore Gavroche, qui ont marqué durablement nos souvenirs d’école. Parmi les descriptions les plus poignantes, le portrait de Gavroche dans le premier livre de la troisième partie, sonne comme un hymne à la liberté des déshérités :

 

Cet enfant ne se sentait jamais si bien que dans la rue. Le pavé lui était moins dur que le cœur de sa mère.

Ses parents l’avaient jeté dans la vie d’un coup de pied. Il avait tout bonnement pris sa volée.

C’était un garçon bruyant, blême, leste, éveillé, goguenard, à l’air vivace et maladif. Il allait, venait, chantait, jouait à la fayousse, grattait les ruisseaux, volait un peu, mais comme les chats et les passereaux, gaiement, riait quand on l’appelait galopin, se fâchait quand on l’appelait voyou. Il n’avait pas de gîte, pas de pain, pas de feu, pas d’amour ; mais il était joyeux parce qu’il était libre.

 

 

 

2. Le Paris de tous les paris :  Le Père Goriot de Honoré de Balzac 

 

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Le Père Goriot de Honoré de Balzac a été publié en 1835.

Portrait d’une société arriviste et cruelle, Le Père Goriot révèle les contrastes entre une aristocratie prête à tout pour préserver ses privilèges, et les ambitions grandissantes d’un jeune provincial modeste, Rastignac, déterminé à se faire une place parmi le beau monde parisien. Son ambition ne désemplit pas jusqu’à la fin du roman, très célèbre, où Paris se mue en objet de conquête :

 

Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s’attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnant un regard qui semblait par avance en pomper le miel , et dit ces mots grandioses : “A nous deux maintenant !”

Et pour premier acte du défi qu’il portait à la Société, Rastignac alla dîner chez madame de Nucingen.

 

 

 

3. Le Paris des premières amours : Du côté de chez Swann de Marcel Proust 

 

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Du côté de chez Swann, premier tome de La recherche, a été publié en 1913.

Monument de la littérature française (dans tous les sens du terme), La Recherche s’impose comme une célébration du souvenir et du temps qui passe. Les lieux y occupent une place capitale. Aussi, pour le narrateur, le Paris de la Belle Epoque est la ville des mondanités, mais aussi celle des premières amours, comme en témoigne la fin du premier tome, lorsqu’il se rappelle l’obsession de son amour pour Gilberte Swann et chérit en secret jusqu’à la rue où elle habitait :

 

J’avais toujours à portée de main un plan de Paris qui, parce qu’on pouvait y distinguer la rue où habitaient M. et Mme Swann, me semblait contenir un trésor. Et par plaisir, par une sorte de fidélité chevaleresque aussi, à propos de n’importe quoi, je disais le nom de cette rue, si bien que mon père me demandait, n’étant pas comme ma mère et ma grand-mère au courant de mon amour :

“Mais pourquoi parles-tu tout le temps de cette rue, elle n’a rien d’extraordinaire, elle est très agréable à habiter parce qu’elle est à deux pas du Bois, mais il y en a dix autres dans le même cas.”

 

 

 

4. Le Paris de la jeunesse : L’Education sentimentale de Gustave Flaubert 

 

Ce grand roman d’apprentissage est aussi le roman des serments d’amour et de jeunesse. On y assiste en effet  aux jeunes années de Frédéric Moreau, le personnage principal, à ses frasques, à ses ambitions, à ses amourettes, mais aussi à son grand amour pour madame Arnoux, un amour souvent contrarié, rarement comblé, et qu’il retrouve en se remémorant le Paris fringant du bel âge :

 

La lueur des boutiques éclairait, par intervalles, son profil pâle ; puis l’ombre l’enveloppait de nouveau ; et, au milieu des voitures, de la foule et du bruit, ils allaient sans se distraire d’eux-mêmes, sans rien entendre, comme ceux qui marchent ensemble dans la campagne, sur un lit de feuilles mortes.

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L’éducation sentimentale (1869) est, avec Madame Bovary, l’un des grands romans de Gustave Flaubert.

Ils se racontèrent leurs anciens jours, les dîners du temps de l’Art industriel , les manies d’Arnoux, sa façon de tirer les pointes de son faux-col, d’écraser du cosmétique sur ses moustaches, d’autres choses plus intimes et plus profondes. Quel ravissement il avait eu la première fois, en l’entendant chanter ! Comme elle était belle, le jour de sa fête, à Saint-Cloud ! Il lui rappela le petit jardin d’Auteuil, des soirs au théâtre, une rencontre sur le boulevard, d’anciens domestiques, sa négresse.

Elle s’étonnait de sa mémoire. Cependant, elle lui dit :

– Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son d’une cloche apporté par le vent ; et il me semble que vous êtes là, quand je lis des passages d’amour dans les livres.

– Tout ce qu’on y blâme d’exagéré, vous me l’avez fait ressentir , dit Frédéric. Je comprends Werther, que ne dégoûtent pas les tartines de Charlotte.

– Pauvre cher ami !

Elle soupira ; et, après un long silence :

– N’importe, nous nous serons bien aimés.

– Sans nous appartenir, pourtant !

– Cela vaut peut-être mieux, reprit-elle.

– Non ! non ! Quel bonheur nous aurions eu !

– Oh ! je le crois, avec un amour comme le vôtre !

 
 
 

5. Le Paris des dames : Au Bonheur des Dames d’Emile Zola 

 

Publié en 1883, Au Bonheur des Dames constitue le onzième opus des Rougon-Macquart. L’auteur y brosse l’avènement des grands magasins et l’extraordinaire pouvoir de séduction qu’ils exercent sur les femmes. Sous le regard de Denise, personnage principal de l’intrigue, c’est alors tout un imagier de la féminité moderne qui se dévoile :

 

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Au bonheur des Dames, publié en 1883, est le onzième tome de la série des Rougon-Macquart d’Emile Zola.

Alors, Denise eut la sensation d’une machine, fonctionnant à haute pression, et dont le branle aurait gagné jusqu’aux étalages. Ce n’étaient plus les vitrines froides de la matinée ; maintenant, elles paraissaient comme chauffées et vibrantes de la trépidation intérieure. Du monde les regardait, des femmes arrêtées s’écrasaient devant les glaces, toute une foule brutale de convoitise. Et les étoffes vivaient, dans cette passion du trottoir : les dentelles avaient un frisson, retombaient et cachaient les profondeurs du magasin, d’un air troublant de mystère ; les pièces de drap elles-mêmes, épaisses et carrées, respiraient, soufflaient une haleine tentatrice ; tandis que les paletots se cambraient davantage sur les mannequins qui prenaient une âme, et que le grand manteau de velours se gonflait, souple et tiède, comme sur des épaules de chair, avec les battements de la gorge et le frémissement des reins.

 

 

 

6. Le Paris de la bohème : Paris est une fête de Ernest Hemingway 

 

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Paris est une fête, de l’Américain Ernest Hemingway, a été publié en 1964.

Publié en 1964, l’intrigue du roman d’Hemingway se déroule à Paris dans les années 1920. Le récit y dépeint les pérégrinations intellectuelles et sentimentales du personnage principal, qui n’est autre que le double fictif de l’auteur. Le roman de ce grand écrivain américain se veut alors une ode nostalgique à la ville de Paris, aux amours qu’elle abrite, et à la vie bohème et artistique qu’elle offre :

 

Il n’y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu’en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d’une personne à l’autre. Nous y sommes toujours revenus, et peu importait qui nous étions, chaque fois, ou comment il avait changé, ou avec quelles difficultés – ou quelles commodités – nous pouvions nous y rendre. Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux.

 
 
 

7. Le Paris des amours tristes : La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils 

 

Publié en 1848, le roman d’Alexandre Dumas s’inspire de l’amour de l’auteur pour la courtisane Marie Duplessis. Le milieu bourgeois auquel appartient le personnage, Armand Duval, côtoie alors celui de la vie nocturne des théâtres et des prostituées. C’est de l’une d’entre elles que le narrateur personnage tombe amoureux : elle s’appelle Marguerite Gautier, mais on la surnomme la Dame aux Camélias. Son portrait, touchant, est à rapprocher de l’amour censuré, difficile et sincère que lui voue Armand :

 

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La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils a été publié en 1848.

Marguerite assistait à toutes les premières représentations et passait toutes ses soirées au spectacle ou au bal. Chaque fois que l’on jouait une pièce nouvelle, on était sûr de l’y voir, avec trois choses qui ne la quittaient jamais, et qui occupaient toujours le devant de sa loge de rez-de-chaussée : sa lorgnette, un sac de bonbons et un bouquet de camélias.

Pendant vingt-cinq jours du mois, les camélias étaient blancs, et pendant cinq ils étaient rouges ; on n’a jamais su la raison de cette variété de couleurs, que je signale sans pouvoir l’expliquer, et que les habitués des théâtres où elle allait le plus fréquemment et ses amis avaient remarquée comme moi.

On n’avait jamais vu à Marguerite d’autres fleurs que des camélias. Aussi chez madame Barjon, sa fleuriste, avait-on fini par la surnommer la Dame aux Camélias, et ce surnom lui était resté.

 
 
 

8. Le Paris des mondanités : Bel-Ami de Guy de Maupassant 

 

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Bel-Ami, publié en 1885, est l’un des principaux romans de Guy de Maupassant.

L’énergie du Paris décrit dans Bel-Ami par Maupassant passe des descriptions de quartiers populaires au confort de la société d’argent de la fin du XIXème siècle. Nous y suivons l’ascension du Georges Duroy, dit Bel-Ami, qui dès le premier chapitre semble voir dans Paris une cité de tous les possibles, où l’ivresse n’a d’égal que son opportunisme grandissant :

 

Il tourna vers la Madeleine et suivit le flot de foule qui coulait accablée par la chaleur. Les grands cafés, plein de monde, débordaient sur le trottoir, étalant leur public de buveurs sous la lumière éclatante et crue de leur devanture illuminée. Devant eux, sur de petites tables carrées ou rondes, les verres contenaient des des liquides rouges, jaunes, verts, bruns, de toutes les nuances ; et dans l’intérieur des carafes, on voyait briller les gros cylindres transparents de glace qui refroidissaient la belle eau claire.

Duroy avait ralenti sa marche et l’envie de boire lui séchait la gorge.

Une soif chaude, une soif de soir d’été le tenait, et il pensait à la sensation délicieuse des boissons froides coulant dans la bouche. Mais s’il buvait seulement deux bocks dans la soirée, adieu le maigre souper du lendemain, et il les connaissait trop les heures affamées de la fin du mois.

 
 
 

9. Le Paris de l’histoire : Notre-Dame de Paris de Victor Hugo 

 

Dans Notre-Dame de Paris, c’est une cité populaire, remplie de bandits et de saltimbanques, qui s’offre au regard du lecteur. Foisonnante de descriptions sur le Moyen-Age parisien, l’oeuvre de Victor Hugo rend un hommage vibrant et somptueux à la cathédrale Notre-Dame. Le monument, caractéristique de l’époque gothique, abrite alors une partie des rebuts de la société, parmi lesquels Quasimodo, qui sauve héroïquement Esmeralda de la pendaison en convoquant le droit d’asile, sacré à l’époque :

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Notre-Dame de Paris a été publié en 1831.

Le peuple, amoureux de toute prouesse, le cherchait des yeux sous la sombre nef, regrettant qu’il se fût si vite dérobé à ses acclamations. Tout à coup on le vit reparaître à l’une des extrémités de la galerie des rois de France, il la traversa en courant comme un insensé en élevant sa conquête dans ses bras, et en criant : – Asile ! La foule éclata de nouveau en applaudissements. La galerie parcourue, il se replongea dans l’intérieur de l’église. Un moment après, il reparut sur la plate-forme supérieure, toujours l’égyptienne dans ses bras, toujours courant avec folie, toujours criant : – Asile ! Et la foule applaudissait. Enfin, il fit une troisième apparition sur le sommet de la tour du bourdon ; de là il sembla montrer avec orgueil à toute la ville celle qu’il avait sauvée, et sa voix tonnante, cette voix qu’on entendait si rarement et qu’il n’entendait jamais, répéta trois fois avec frénésie jusque dans les nuages : – Asile ! asile ! asile !

 
 
 

10. Le Paris des artistes : L’Oeuvre d’Émile Zola

Saviez-vous qu’avant d’être des peintres de premier plan, les impressionnistes et leurs œuvres étaient reléguées au Salon des Refusés, en marge du Salon officiel ? C’est ce milieu qu’Emile Zola décrit à travers l’histoire de Claude, artiste visionnaire et pourtant maudit, qui peint notamment une sorte de double du « Déjeuner sur l’herbe » d’Edouard Manet. C’est une fresque saisissante de la vie parisienne artiste et avant-gardiste qui nous est offerte ici :

 

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L’Oeuvre, publié en 1885, est le quatorzième volume de la série des Rougon-Macquart d’Emile Zola.

Et les deux jeunes gens, après avoir traversé le jardin, montèrent au Salon des Refusés.

On l’avait fort bien installé, les tableaux reçus n’étaient pas logés plus richement : hautes tentures de vieilles tapisseries aux portes, cimaises garnies de serge verte, de velours rouge, écrans de toile blanche sous vitrées des plafonds ; et, dans l’enfilade des salles, le premier aspect était le même, le même or des cadres, les mêmes taches vives des toiles. Mais une gaieté particulière y régnait, un éclat de jeunesse, dont on ne se rendait pas nettement compte d’abord. La foule, déjà compacte, augmentait de minute en minute, car on désertait le Salon officiel, on accourait, fouetté de curiosité, piqué du désir de juger les juges, amusé enfin dès le seuil par la certitude qu’on allait voir des choses extrêmement plaisantes. Il faisait très chaud, une poussière fine montait du plancher, on étoufferait sûrement vers quatre heures.

“Fichtre ! dis Sandoz en jouant des coudes, ça ne va pas être commode de manœuvrer là-dedans et de trouver ton tableau.” Il se hâtait, dans une fièvre de fraternité. Ce jour-là, il ne vivait que pour l’oeuvre et la gloire de son vieux camarade.

 
 

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A propos de Cecilia Sanchez 290 Articles
Chargée de communication et rédactrice chez Booknode

2 Comments

  1. Merci de ce classement, il me donne envie de redécouvrir certains auteurs, et particulièrement Hemingway.
    Bien que Dumas père ne soit pas ma tasse de thé, le résumé que vous nous offrez de « La Dame aux Camélias » est très touchant, et je pense m’y plonger bientôt.
    Merci, donc, classement de circonstances et qui met du baume au coeur.

  2. Toujours pour l’amour de Paris…
    Si l’on veut pousser la découverte de Paris vers avant-hier et les mœurs de la ville fin XVIIIe, la Révolution et juste les premières années du XIXe, n’hésitez pas vous adresser à Louis-Sébastien Mercier (« Tableau de Paris », »l’An 2440″, « Néologie ») et Nicolas Edme Restif de La Bretonne (« Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne »).
    Les courageux seront généreusement récompensés. (Gallica possède les PDF à qui veut faire de la e-lecture).
    Pour ce qu’il y a du Salon des Refusés et Paris, il existe une description haut en couleur dans « La vie de Manet » (Volume 4 de « Art et destin ») d’Henri Perruchot.
    Bonne lecture.

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  1. Veille Informationnelle | Pearltrees

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