Nos lectures influencent-elle notre niveau de moralité ?

morale
Dis-moi ce que tu lis je te dirai qui tu es

Il n’est pas surprenant de constater qu’une action jugée mauvaise par un individu puisse sembler tout à fait acceptable à un autre. En revanche, il est curieux d’apprendre que notre niveau de moralité peut être influencée par nos lectures. C’est ce qu’une étude récente a pourtant révélé. Ainsi, les genres privilégiés par les lecteurs en diraient long sur leur niveau d’éthique.

Deux typologies sont ressorties de cette étude. D’un côté, il a été établi que les amateurs de littérature ainsi que les fans de science-fiction et de fantasy avaient tendance à faire preuve d’une morale assez souple et se présentaient comme des personnes assez permissives. Au contraire, les lecteurs de romances et de thrillers se distinguaient par un fort sens moral, une éthique plus rigide et une vision relativement claire de ce qui est bon ou mauvais, de ce qu’il est admis de faire ou de ne pas faire.

L’une des équipes de psychologues de l’université d’Oklahoma qui a mené l’étude souligne toutefois que l’influence de la lecture d’un genre donné sur le niveau de souplesse des valeurs morales de ses lecteurs peut varier considérablement d’un individu à l’autre. Difficile ainsi de savoir si ce sont véritablement nos lectures qui modèlent en partie notre vision morale ou si c’est notre morale, qui, précisément, nous amène à choisir tel type de lectures plutôt qu’un autre.

Lecteurs de science-fiction VS. lecteurs de romance et de thriller ?

Comment les chercheurs sont-ils arrivés à une telle conclusion ? L’étude, menée sur 253 adultes déclarant lire 1 à 4 livres par mois, s’est déroulée en deux étapes.

Il a d’abord été demandé aux personnes sondées d’évaluer moralement une série de situations assez classiques grâce à des questions type (est-il moralement acceptable de tricher à un examen ? de recourir à des moyens illégaux pour payer moins d’impôts ? etc.).

Les participants à l’enquête se voyaient ensuite soumettre une longue liste d’auteurs dont les romans appartiennent à des genres spécifiques. Les personnes interrogées devaient alors renseigner à partir de la liste les noms d’auteurs qui leur étaient connus. Quasi systématiquement, les auteurs relevés étaient assidûment fréquentés par leurs sondés.

Les conclusions des chercheurs ont déterminé que les scénarios présentés lors de la première étape, bien que moralement douteux, avaient été jugés avec davantage de clémence par les amateurs de littérature, de science-fiction et de fantasy. Les férus de romance et de littérature policière au contraire, avaient davantage tendance à juger ces situations comme inacceptables d’un point de vue moral.

Deux visions morales, deux visions du monde

Comment justifier ces observations ? Pour les chercheurs, l’écart entre ces deux visions morales tiendrait en partie aux univers fréquentés par les lecteurs. Ainsi, les lecteurs de science-fiction, plus habitués et familiarisés avec la fréquentation de mondes imaginaires éloignés du nôtre, seraient plus à même d’envisager des situations extraordinaires répondant à des normes morales parfois radicalement différentes des nôtres. On pourrait conclure alors qu’un lecteur capable d’envisager des univers imaginaires et lointains, serait davantage capable de concevoir différents niveaux de morale possibles.

A l’inverse, les romances et les thrillers répondent à des normes morales proches voire identiques aux nôtres. Ces genres se retrouvent généralement autour de schémas narratifs et actantiels types, véhiculant une vision souvent binaire du monde. Les romances laissent entrapercevoir une dichotomie entre amour et désir. Quant aux thrillers, ils se construisent globalement autour d’une vision manichéenne opposant le bien et le mal. Les codes moraux y sont souvent davantage figés car ils répondent à des conceptions du monde anciennes et déjà ancrées dans notre esprit.

Evidemment, les résultats de cette étude ne visent pas à mettre les lecteurs dans des cases, ni à prétendre que les fans de science-fiction sont cyniques ou les romantiques fermés d’esprit. Il s’agit plutôt de dégager une grande tendance qui permet de décrypter au moins quelques traits d’un lecteur en jetant un coup d’œil à sa bibliothèque.

Source : psmag.com, You are what you read

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A propos de Cecilia Sanchez 290 Articles
Cecilia est chargée de communication et rédactrice chez Booknode

5 Comments

  1. C’est amusant mais ne perdons pas du vue que pour qu’une étude soit représentative et donc généralisable, il faut interroger 1000 personnes au minimum. 😉

  2. Hum… je suis dubitative au sujet de la pertinence de l’étude.
    Même si je suis très éclectique et que je touche à toutes sorte de genre, de la poésie mantique du 19ème au whodunnit à la Christie, j’ai tout de même une forme de « préférence » pour la SSF.

    Hors j’ai un sens moral tellement rigoureux que je n’envisage même pas de commettre une action malhonnête. Pour moi tricher à un examen n’est pas seulement mal, c’est même impensable.

    De plus le sens moral est généralement quelque chose qui se forme tôt… plus que les lectures actuelle, je pense que les lectures de l’enfance auraient tendance à avoir une influence, si influence il y a. Ce qui est encore douteux car outre la faible population étudiée, les « conditions d’évaluation » ne sont pas nécessairement des plus pertinentes:
    en effet comment sont choisis les fameux auteurs?

    Enfin comment s’assurer que le lien de causalité est bien dans ce sens? est-ce vraiment la lecture qui influence notre morale? Ou ne pourrait-ce pas être notre morale qui influence nos choix de lecture?

  3. Je trouve cette étude pertinente, et même s’il est difficile d’en mesurer toute sa portée et son influence, je pense effectivement que l’on peut dans une certaine mesure, être sensibilisé si on lit beaucoup de livres, d’un même genre, et ce depuis plusieurs années, à un âge, où l’on peut être influençable et très réceptif aux émotions. Donc de manière subtile, il se pourrait que cela conditionne notre façon de penser et indirectement, détermine nos choix et nos opinions.
    Mais, je ne pense pas que ce soit le seul élément à prendre en compte,dans notre jugement de la moralité.
    L’éducation, la culture, l’apprentissage, les interactions sociales sont autant de facteurs qui nous modèle et nous détermine, face à notre sens commun et notre vision des choses.

  4. Je lit personnellement beaucoup de livres de fiction et je suis assez d’accord avec ce qu’il disent. Je me sent quand même plus ouvert d’esprit qu’avant (avant je ne lisais pratiquement pas) mais je n’irais jamais triché à un examen. J’en serais incapable. Mais après je pense qu’il n’ont pas fait l’étude sur assez de personne.

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